Complément alimentaire – Compléments alimentaires cancer compléments suppléments multivitamines


Sylvie Berthier, Mission Agrobiosciences: Denis vous voulez pas spécialiste des compléments alimentaires, mais vous avez eu la gentillesse de réaliser un travail bibliographique sur ce que l’on sait de l’effet des suppléments sur le cancer. Voici mes questions:
Question Q1Les gens qui prennent des suppléments ont-ils plus ou moins de cancers que ceux qui n’en prennent pas?


Denis Corpet : Je croyais que les gens qui prennent des suppléments avaient moins de cancer que les autres, quand vous m’avez téléphoné il y a deux mois, Sylvie. C’était l’idée que j’avais avant de faire le tour des études récentes.
Mais en fait les études les plus récentes, très bien conduites sur des cohortes de plus de cent mille personnes, ne montrent en général aucun effet bénéfique des cachets de multivitamines sur les cancers du sein, de la prostate, ou l’ensemble des cancers. Certaines études sont parfois un peu moins de cancer du côlon chez ceux qui prennent des multivitamines (-10%) ou une mortalité moindre (-15%). Mais l’ensemble des études apparaît soit AUCUN effet, soit même une augmentation légère et significative de la mortalité (+6 à 10%) lié au prix des suppléments vitaminiques ou minéraux: ça fait froid dans le dos!
Biblio Q1
– Macpherson AJCN 2013, méta-analyse: Aucun effet sur la mortalité, cancers ou cardio-vasc de multivitamines-minéraux
– Park CCC10 protection légère contre cancer colon chez ceux qui prennent des multivitamines (RR = 0,88 -12%)
– Pocobelli AmJEpid10 mortalité un peu moindre chez les entrepreneurs réguliers de multivitamines (pdt 10 ans, RR = 0,84 -16%) mais pas d’effet sur cancers
– Neuhouser ArchInternMed09 162 mille femmes WHI: aucun effet de la prise de multivitamines sur aucun cancer ni sur mortalité
– Ishitani AmJEpid08 aucun effet sur cancer sein.
– Lawson JNCI07 aucun effet bénéfique sur le cancer de la prostate, effet promoteur possible
+ 6% de morts, méta-analyse des interventions par suppléments antioxydants: Bjelakovic, Lancet 2004
+ 10% de morts, vaste étude de cohorte sur des femmes âgées: Mursu J., Arch.Int.Med. 2011


Sylvie, question Q2– Vous parlez là d’études d’observation. Y a t-il aussi des études d’intervention, où l’on a donné des compléments à des consommateurs?

Denis : Oui, sur un fait aussi des études d’interventions, des « essais cliniques » (en double aveugle, avec tirage au sort du traitement, et prix d’un placebo par les témoins). Il n’y a pas eu beaucoup, voiture en matière de prévention des cancers, UNE étude, pour UN type de complément alimentaire, coute 50 millions d’Euros. Alors qu’ont montré ces « chères » études d’intervention, qui sont beaucoup plus probantes que les études d’observation?
Les compléments alimentaires n’ont pas en général eu AUCUN effet protecteur, ce qui est atrocement décevant vu l’énergie, l’intelligence et l’argent dépensés.
Pire, plusieurs études montrent que certains compléments peuvent être néfastes (en particulier quand les doses sont fortes), et ont conduit efficacement aux cancers et à la mortalité!
Cependant, sur la connait deux essais (2 seulement), dans les populations en déficit, qui connaissent une protection contre les cancers par un mélange de vitamines et de minéraux à faibles doses. Notamment en France, les cachets Suvimax contenant 3 vitamines et 2 minéraux à doses alimentaires sur diminué d’un tiers les cancers des volontaires hommes (et presque de 40% leur mortalité), mais n’ont pas eu d’effet chez les femmes ( qui avaient probablement des apports suffisants, et donc pas « besoin » des cachets).
Biblio Q2
Le plus souvent les suppléments n’ont aucun effet:
Quatre très grandes études d’intervention et une méta-analyse récentes ne présentant aucun avantage de suppléments de vitamines « antioxydantes » contre différents cancers
– Zang JAMA08: acide folique, vit.B6, vit.B12 sur le risque de cancer chez la femme
– Lin JNCI09 Vit.C Vit.E b-carotène
– Lippman JAMA09 sélénium vit.E /K.prostate et autres;

– Gaziano JAMA09 vit.C vit.E / K. prostate).

– Jiang.10 et Kristal.10: méta-analyse des interventions sur la prostate (sélénium, vitamine): aucun effet
Mais certains compléments concernent le nombre de tumeurs: carotène, folate, vitamines E, multivitamines, antioxydants!
– Béta-Carotène: suppléments fortement dosés présentant le risque de cancer du poumon (+18 et + 25%), et de mort, chez les fumeurs (deux études d’intervention très bien faites en Finlande ATBC NEJM94et aux USA CARET NEJM96) . Confirmé par étude VITAL 2009/77000 personnes Seattle: risque de cancer du poumon multiplié par deux chez les utilisateurs de compléments caroténe, lutéine, rétinol… Confirmé par études de cohortes. Ex .: Touvier JNCI05 qui montre un risque de cancer du poumon doublé chez les fumeuses qui mangent le plus de B-carotène alimentaire (des carottes!)
– Figueiredo JNCI10 après Cole JAMA07 montre que suppléments folés à risque de tumeurs coliques avancées (+ 70%) et de cancer de la prostate (+ 160%)
– Klein E.A. JAMA 2011: risque de cancer de la prostate augmenté de 17% (significatif) chez ceux qui prennent un supplément de vitamine E dans l’essai SELECT
– SUVIMAX: plus de cancer de la peau + 68% (dont des mélanomes x 4) Hercberg JNutr 2008
– S. Larsson AJCN 2010: Suédoises qui prennent des multivitamines sur 20% de risque de cancer du sein en plus
– Bjelakovic Lancet 2004: Méta-analyses interventions avec des suppléments antioxydants (bêta-carotène, vitamines A, C, E, sélénium, en général doses fortes): aucun effet bénéfique, mais légère surmortalité + 6% significatif

Deux essais, dans des populations en déficit, ont montré une protection contre les cancers par des mélanges de vitamines et de minéraux à faibles doses:
– En Chine (Blot 93), population mal nourrie du Linxian protégée contre le cancer estomac et œsophage par suppléments de carotène, sélénium, tocophérol, rétinol, zinc. mortalité diminuée d’un tiers.
– En France chez les hommes de l’étude Suvimax de Serge Hercberg (Inra-Inserm-Cnam, Bobigny), la prise quotidienne de 120 mg d’acide ascorbique, 30 mg vit.E, 6 mg de bêta-carotène, 100 µg de sélénium, 20 mg de zinc, pendentif 7 -8 ans diminue d’un tiers les cancers et de 37% la mortalité chez les hommes. Pas chez les femmes, probablement car elles mangents « mieux » et n’ont pas besoin de suppléments.


Je vous propose de regarder une vidéo (durée 14 min Ouvrez en plein écran)
On y voit aussi Sylvie Berthier de la mission AgroBioSciences


Sylvie, question Q3– Comment explique-t-on la protection apparente observée dans les cohortes qui semble contredite par les essais cliniques?
Denis: C’est simple: ceux qui prennent des suppléments sur un mode de vie plus sain que les autres. Cette « attitude saine » a été vue maintes fois, par exemple en 2010 sur la cohorte EPIC (EPIC = un demi-million d’Européens. Li, Brit.J.Nutr 2010): l’utilisation de compléments alimentaires est associée à un niveau d’études élevé , moins d’obésité, plus de dépenses physiques, et un régime contenant plus de produits laitiers, de poisson, de fruits et de légumineuses et moins de viande. Ces gens, surtout des femmes, auraient besoin d’un besoin de suppléments! Et on peut penser que leur meilleure santé est plus liée à ce mode de vie sain que les cachets! Mais… c’est p’t être tout de même les suppléments !!

Compléments alimentaires
Sylvie, question Q4– Bref, on ne sait pas grand chose choisi… ça va faire plaisir à M Vandermander du Synadiet… Mais sur voit sur votre site que vous prenez chaque jour un cachet, est-ce que je me trompe? Pas très cohérent avec ce que vous nous dites aujourd’hui!

Denis: Vous avez raison, je prends chaque jour « un cachet » de chondroïtine. Nous parlons tous ici aujourd’hui « des compléments », et il s’agit de globalement des multivitamines. Mais c’est une simplification abusive car il y a pleins de compléments différents: ce n’est pas parce que les multivitamines n’ont apparemment aucun effet anticancéreux qu’un autre supplément ne servira à rien. Par exemple, Jean-Michel Chardigny nous avons parlé des oméga-trois et leur effet contre la DMLA: ils prévenaient peut-être aussi du cancer, mais cela n’a jamais été testé sérieusement.
Je connais bien, pour en prendre moi-même chaque jour, l’effet de la chondroïtine extraite de la carapace des crabes ou de l’os des bovins: Elle stoppe l’usure des articulations en aidant à synthétiser le cartilage du génou.

Sylvie, question Q5– Cet effet a-t-il été prouvés scientifiquement ou est-ce votre expérience qui parle?
Denis: Non non, c’est prouvé, ça marche: plusieurs essais « cliniques randomisés en double aveugle contre placebo » semblent que, chez des volontaires, le prix de la chondroïtine diminue les douleurs des genoux. Bon, ce n’est pas magique, le cartilage se re-fabrique peu à peu et cela prend du temps (2-3 mois). Dans les essais, ces gens n’ont plus mal, ils arrêtent la prise d’anti-inflammatoires, et sur voit à la radio leur cartilage s’épaissir. Mais en France, ce produit est vendu comme un médicament, pas un complément. Médicament ou pas, ça me répare les genoux, alors j’en mange!
Depuis j’ai découvert, dans des études scientifiques sérieuses, que le prix des suppléments de zinc diminuait la sévérité des rhumes .. alors dès qu’un rhume se pointe, je prends des pastilles de zinc!

Enfin voici une anecdote qui montre l’ambiguïté des scientifiques envers les suppléments. Il y a plus de 20 ans mon vieil ami Nord-Américain Bob participait à un comité scientifique de la FDA (Administration des aliments et drogues) qui décidait de réglementer les compléments alimentaires. Tous ces vieux messieurs semblaient d’accord de restreindre, voire d’interdire, ces produits peu contrôlables et « inutiles » dont les boutiques poussaient comme des champignons aux USA. Mais l’un d’eux avoua à ses collègues qu’il était lui-même chaque jour du Palmier nain (extrait d’un petit palmier Serenoa repens), pour réduire son adénome prostatique (la prostate grossit, ce n’est pas cancéreux, mais çà gène beaucoup les vieux messieurs pour faire pipi). En fait, dans le comité scientifique, ils étaient presque tous! Il leur était donc difficile d’interdire ce dont ils ont bénéficié!

Compléments alimentaires
Deux conclusions simples
Officiel: Après le WCRF au niveau Mondial en 2007, l’Institut national du cancer (INCa) écrit en 2009: « Sauf cas particulier de déficiences et sous le contrôle d’un médecin, la consommation de compléments alimentaires n’est pas recommandé pour diminuer le risque de cancer « . Une alimentation variée et équilibrée doit suffire à couvrir ses besoins nutritionnels, y compris ceux en nutriments susceptibles de réduire le risque de cancer. Le WCRF a même inclus cette « Non prix de suppléments » comme l’un des 8 conseils principaux pour éviter le cancer!

« Plus c’est trop » (ou la dose fait le poison)
Il semble que les nutriments protecteurs à faible dose puissent être des promoteurs à dose forte.
Trop tard c’est trop tard (ou le lièvre et la tortue)
Certains nutriments protecteurs en absence de cancer deviennent promoteurs quand un micro-cancer a démarré. Ce qui protège avant peut nuire après.
C’est par exemple le cas de la vitamine B9, ou acide folique: Contre le cancer, c’est plus intelligent de manger souvent des épinards dès l’enfance, que de se gaver de cachets d’acide folique quand on est vieux.

Si vous voulez discuter de ces questions, et que vous avez des arguments solides, merci de m’écrire (E-mail en bas de ma page Denis)

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