Complément alimentaire – De biocarburant à tissu de haute couture: l’algue, la matière du futur


Les algues sont plus qu’un ingrédient de la cuisine japonaise. Aujourd’hui elles offrent le meilleur d’elles-mêmes comme biocarburant, substitut à la viande, produit cosmétique ou tissu de haute couture. Comment vont-elles changer le monde?

Nous sommes à la veille d’une révolution des algues et des mentalités. Les algues peuvent être transformées en biocarburant révolutionnaire et en substitut comestible du plastique, mais elles peuvent également être transformées en tissu pour la haute couture. Nous pouvons dormir sur des matelas d’algues, nous asseoir sur des chaises d’algues. Les algues sont bénéfiques pour la peau et enfin, elles sont aussi particulièrement savoureuses. Bref: l’ère des algues est arrivée.

Biocarburant

Les algues, la flore du futur?

Pas moins de 80 kilomètres ont été parcourus l’année dernière par la première voiture au carburant à la base d’algues, récoltées et traitées aux Pays-Bas. La forte teneur en sucre des algues permet de faire du bioéthanol. Pour arriver à remplacer les carburants traditionnels, il faudra cultiver une quantité beaucoup plus importante d’algues sur la côte d’origine, mais ce nouveau carburant pourrait devenir une alternative durable à une partie entière d’ici 2035.

Une autre découverte révolutionnaire est la transformation des algues en emballages biodégradables. L’entreprise britannique Notpla (non plastique) transforme les algues locales en emballage compostable ou comestible (avec son contenu). Lors du marathon de Londres, les athlètes ont reçu au niveau du kilomètre 37 un sachet d’eau qu’ils ont pu à la fois boire et manger. Non seulement 215.000 bouteilles en plastique ont ainsi été évitées, mais elles ont bénéficié d’une dose supplémentaire de minéraux et de nutriments pour leurs derniers kilomètres.

Production d’oxygène



Le plus grand atout des algues, c’est qu’elles poussent dans l’eau salée sans avoir besoin d’autre choisi.

Le mot « algue » n’a rien de scientifique. Il est plus juste de parler de «macroalgues marines» pour désigner cette flore qui s’attache à des substrats durs, généralement dans les zones côtières. Ce trait révèle un atout majeur: les algues poussent dans l’eau salée et n’ont pas besoin d’aucune alimentation supplémentaire pour croître.

Une énorme différence avec les légumes, ou pire, avec la viande, grosse consommatrice d’eau douce et de suppléments alimentaires. De plus, les algues constituant la base de tout notre écosystème. On estime que 75 à 80% de l’oxygène sur terre est un produit par les algues. Elles sont essentielles à la survie de tous les organismes présents dans et hors des océans. Il existe des dizaines de milliers d’espèces.

Afin de garder une certaine vue d’ensemble, elles sont subdivisées en trois catégories: vertes, brunes et rouges. Les vertes, comme la laitue de mer, poussent près de la surface. Les brunes vivent à une profondeur plus importante et nous en connaissons certaines, comme le wakame ou le kombu. Et il faut descendre encore plus bas pour trouver les algues rouges, comme le nori, que l’on utilise pour faire les makis.

Fermes d’algues

Notre littoral dispose bien ici et là de zones où l’on peut récolter des algues, mais la Belgique n’est pas un représentant majeur de l’algoculture. Notre côte est à la merci des forts courants, des vents puissants et des déplacements de sable réguliers, ce qui ne favorise ni la croissance ni la récolte des algues.

Ces dernières agissent également comme une sorte de filtre pour l’eau de mer, et il est donc important de récolter dans les zones côtières pour garder aussi pures et propres que possible. Par exemple, du wakame pousse dans la marina de Zeebruges, mais, en raison de la circulation des bateaux dans cette zone, Natuurpunt en déconseille la consommation.

L’ère des algues est arrivée.

L’Asie est le continent en pointe dans le traitement des algues. Pas moins de 97% de la totalité des algues au niveau mondial et sont récoltées, notamment en Chine, en Indonésie, aux Philippines, en Corée du Sud et au Japon. La demande d’algues y est beaucoup plus importante qu’ici, en raison de leur utilisation dans la cuisine asiatique.

La protection de leurs côtes contre les polluants étant de plus en plus problématique, un nombre croissant de fermes d’algues et de voir le jour. En Europe, les algues sont récoltées sur les côtes scandinaves, aux Pays-Bas, en Espagne et au Portugal, mais surtout en Grande-Bretagne.

Dans nos régions, les algues n’entrent pas aussi massivement dans le circuit gastronomique, par contre, elles sont transformées en alginate, un épaississant ajouté aux aliments produits industriellement. L’alginate, c’est aussi la pâte caoutchouteuse avec laquelle le dentiste prend l’empreinte des dents.

Substitut à la viande

La designer britannique Hanan Alkouh est convaincue qu’à l’avenir, les algues rouges remplaceront la viande.

Il y a bientôt trois ans, lors des congrès Food Paradise Day, Seppe Nobels, chef du restaurant anversois Graanmarkt 13, prononçait ces paroles prophétiques: « Notre planète compte des milliards de personnes. Nous sommes donc très nombreux et il faut trouver des solutions durables. La mer offre une excellente opportunité, car elle regorge d’algues délicieuses, nutritives et saines. Dans dix ans, elles seront tous les jours au menu.  »

Le grand chef britannique Heston Blumenthal a également fait auprès du National Health Service (NHS, le service national de santé britannique) la recommandation officielle de saupoudrer d’algues tous les aliments servis dans les hôpitaux. En effet, les algues se voient attribuer des super pouvoirs. Elles sont riches en iode, un oligo-élément essentiel au bon fonctionnement de la glande thyroïde.

Des études scientifiques montrent aussi que les algues présentent une haute teneur en oxydants, et que certaines espèces ont une influence positive sur la tension artérielle. Les algues contiennent également beaucoup d’acides gras oméga 3, utiles à la prévention des maladies cardiovasculaires.



« Dans dix ans, les algues seront tous les jours au menu. »

Plus encore: les algues sont généralement riches en fibres, et donc bonnes pour le transit intestinal. Elles sont également très riches en protéines, et constituant de ce fait un excellent substitut à la viande. Ce dernier atout a été exploité par le designer britannique Hanan Alkouh, qui pense que notre amour de la viande, plutôt que d’être une question de goût, serait lié à notre culture.

Elle a donc transformé des algues rouges qui, après cuisson, n’aurait eu qu’une vague allure de bacon, en une structure ressemblant à de la viande. Elle a présenté ce projet, appelé Sea-Meat, lors de la semaine du design à Milan, en 2016. Pour l’occasion, elle a reconstitué une boucherie et accroché des «pièces de viande» faites d’algues rouges aux crochets. Des couteaux étaient prêts à couper des tranches de cette « viande ». Le crédo de la designer? L’avenir des algues est de remplacer la viande.

Algues gourmandes

Kim Verhasselt, chef du restaurant Escabèche à Knokke, est un fan des algues, même dans les plats chauds.
© Wouter Maeckelberghe

Kim Verhasselt, chef du restaurant Escabèche à Knokke, a préparé pour Sabato un tartare de bar aux huîtres, salade d’algues à l’avocat et crème de bonite. « Je trouve les algues particulièrement intéressantes en raison de leur lien très explicite avec la mer. Elles montrent clairement cette salinité que l’on trouve dans les huîtres, par exemple. De plus, elles peuvent parfaitement être combinées avec d’autres produits de la mer, comme les poissons ou les crustacés « , se réjouit Verhasselt.

« Parties du Japon, les algues ont atteint le monde culinaire européen grâce à son intérêt pour la cuisine japonaise, surtout ces dernières années. C’est clair: il est beaucoup plus facile de trouver des algues aujourd’hui qu’il y a quelques années . Nous importons toujours les algues séchées du Japon ou de Bretagne, mais les algues fraîches viennent principalement de Zélande, donc très près de chez nous, où tout est fait pour cultiver le plus grand nombre possible de variétés, de la meilleure qualité possible. « 

« En été, les algues sont parfaites dans une salade avec du poisson, mais je les utilise aussi dans des plats chauds. Je fais par exemple du beurre d’algues, l’équivalent d’un beurre maître d’hôtel, mais avec des algues à la place des herbes aromatiques. J’utilise ce beurre pour monter une sauce pour accompagner le turbot et la sole. Le résultat est délicieux: une sauce avec beaucoup d’umami. « 

Le chef Kim Verhasselt a préparé pour Sabato un tartare de bar aux huîtres, salade d’algues à l’avocat et crème de bonite.
© Wouter Maeckelberghe

Algues à porter

La collection Seaweed girl de Janine Linington.

Mélangez des algues séchées et de la cellulose et vous pourrez filer du fil. C’est exactement ce que fait l’entreprise allemande SmartFibre. La fibre qui en résulte, appelée Seacell, est particulièrement légère et aérée. Mais ce qui rend les algues à ce point exceptionnelles pour faire des tissus, c’est que leurs nutriments sont conservés.

En effet, et c’est fou quand on y pense, ces tissus contiennent encore des quantités non négligeables de fer, de calcium, de magnésium et de vitamine E. Du coup, le Seacell est utilisé par les labels de sport allemands, car ces minéraux libérés par le tissu se retrouvent dans la peau, via la transpiration.

Autrement dit, une personne qui porte ces vêtements améliore sa santé. Encore plus incroyable: les propriétés antioxydantes des algues, louées par le monde des cosmétiques, sont également conservées dans le Seacell. Vous l’aurez compris, le port de vêtements Seacell préserve la jeunesse. Ou du moins, la fermeté de la peau.

Janine Linington, une créatrice qui met sur les algues.

Pour Janine Linington, c’est plutôt l’aspect durable du Seacell qui s’attire pour réaliser son projet de fin d’études au Collège d’Edimbourg. « Je me consacre corps et âme aux algues depuis plusieurs années. Je cherche comment utiliser dans mes articles de mode, pour teindre des tissus ou fabriquer des accessoires et des objets de décoration, comme les paillettes d’algues que j’ai appliquées.  »

La créatrice a fait forte impression au niveau international avec sa collection Seaweed girl. Elle travaille toujours avec du Seacell et ses accessoires maison faits à base d’algues. « Mes créations coûtent entre 1.670 et 8.920 euros. Je réalise des vêtements, mais aussi de l’art textile à accrocher au mur. »



« Les algues sont un atout majeur pour faire aller les univers de la mode dans la bonne direction. »

Janine Linington

Créatrice

Dans tout ce qu’elle entreprend, sa motivation première reste la recherche d’alternatives pour réduire l’empreinte écologique du monde de la mode. « Les designers du monde entier regardent plus souvent autour d’eux. Parfois, les alternatives écologiques sont juste là, sous leurs yeux, prêtes à être utilisées. Moi qui avais toujours considéré les algues comme une substance un peu étrange, je suis aujourd’hui « hui convaincue qu’ils sont un atout majeur pour faire aller l’univers de la mode dans la bonne direction. »

Algues pour décorer

Jonas Edvard et Nikolaj Steenfatt, tous deux anciens élèves de l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague, récoltent des algues le long de la côte danoise. Ils les font sécher, les broient et les font bouillir. Grâce à l’alginate, un polymère naturel qui donne à algues leur caractère gluant, ils obtiennent ainsi une substance collante. En mélangeant à la pâte à papier, ils obtiennent un matériau similaire au liège, qui peut facilement être coulé dans des moules. Pour le projet Terroir, ils ont transformé les algues en abat-jours et en chaises.

Objets de la collection Sea Me du studio Nienke Hoogvliet.

Nienke Hoogvliet et Tim Jongerius, réunis sous la bannière du studio Nienke Hoogvliet à La Haye, cherchent également le moyen de transformer les algues en objets décoratifs. Le projet Couleurs de l’Oosterschelde a pour objectif de faire des colorants textiles à partir d’algues. Chaque espèce produite une couleur différente.

Pour le projet Sea Me, le même studio a créé un fil d’algues pour réaliser un tapis, noué sur un filet de pêche usé, en geste de protestation esthétique contre le plastique qui finit dans ces filets. Les créateurs ne sont pas les seuls à tenter des expériences avec les algues.

Des entreprises bien établies, comme Coco-Mat, les entreprises depuis des années. Si cette entreprise est surtout connue chez nous pour ses vélos en bois, elle produit également des matelas, dont le modèle Thalassa, qui contient des algues. « Nous en ajoutons sous forme séchée à ces matelas, de sorte qu’elles diffusent de petites quantités d’iodure, qui favorise la respiration pendant le sommeil », explique le chef de produit.

Pour le projet Sea Me, le studio Nienke Hoogvliet a créé un fil d’algues et réalisé un tapis noué sur un filet de pêche récupéré.

Algues à enduire



Meilleure irrigation de la peau, lutte contre le vieillissement, hydratation ou détox: les algues font tout cela.

Comme les algues contiennent beaucoup d’antioxydants, elles sont bien installés dans l’univers des cosmétiques. Il y a plus de trente ans, le Dr Max Huber récoltait du varech le long des côtes canadiennes pour le transformateur en Bouillon Miracle, le principal ingrédient de la Légendaire Crème de la Mer.

En fonction d’un mélange précis de différentes sortes d’algues, d’autres effets bénéfiques sont attribués aux cosmétiques qui contiennent. Et tous sont extrêmement positifs: meilleure irrigation de la peau, lutte contre le vieillissement, hydratation ou détox. Les algues font tout cela, et sont massivement consultées dans la cosmétique, car elles sont faciles à cultiver.

Depuis lors, de nombreux labels de luxe ont ajouté cet ingrédient miracle à leurs soins. Doctor Babor a créé un Algae Vitalizer bourré d’antioxydants à base d’algues. La marque de luxe américaine Mario Badescu a lancé la ligne Algue, composée d’un savon liquide, d’une lotion nettoyante et d’une crème de nuit. Le soin de luxe White Caviar de La Prairie contient également des algues.

Meilleure irrigation de la peau, lutte contre le vieillissement, hydratation ou détox: les algues répondent « présent ».
© Cormac McMullan

La firme irlandaise Voya perpétue une tradition nationale de plus de trois siècles: le bain d’algues. Aujourd’hui encore, sur se presse pour pouvoir prendre ce bain dans le spa Voya, à Strandhill. À l’origine, on se contentait d’ajouter quelques poignées d’algues à l’eau chaude de son bain, mais, depuis que la famille Walton a mis au point, sous la marque Voya, des paquets d’algues irlandaises séchées, on peut en profiter dans sa salle de bain.

Les produits dérivés, crèmes de soin et shampooings, tous fabriqués à partir d’algues irlandaises cueillies à la main, sont utilisés dans les hôtels Spa les plus luxueux du monde -Burj al Arab, Ritz-Carlton, St.Regis Hotels & Resorts, Grand Hyatt, Landmark London et Waldorf Astoria. Des labels plus démocratiques recourent également aux algues, comme The Body Shop qui a lancé une ligne aux algues.

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